Été chaud pour la syndicalisation

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Jeudi 3 Octobre 2019
2019-2023/041

Photo : Mise à jour sur la campagne Justice pour les livreurs et livreuses de Foodora

Mise à jour sur la campagne Justice pour les livreurs et livreuses de Foodora



Survol

Depuis son lancement, le 1er mai dernier, la campagne de syndicalisation des livreurs et livreuses de Foodora à Toronto et à Mississauga n’a cessé de prendre de l’ampleur et de faire parler d’elle. Le STTP est fier du rôle qu’il joue dans leur lutte et de les accueillir dans ses rangs. Depuis le dernier bulletin sur la campagne, nous avons parcouru un grand bout de chemin.

En plus d’élargir notre base (une fois la victoire acquise) et de défendre les droits des travailleuses et travailleurs vulnérables de l’économie des petits boulots, la campagne nous a permis d’apprendre quelques tactiques novatrices qui viennent s’ajouter à nos connaissances dans le domaine de la syndicalisation. Il ne s’agit vraiment pas d’un lieu de travail que nous avons l’habitude de syndiquer, mais nous connaissons bien le travail de livraison et les conditions de travail à améliorer.

Dès que le Conseil exécutif national a approuvé la tenue de la campagne au début de 2019, nous avons commencé à nous préparer à la rendre publique.

La plupart de nos campagnes de syndicalisation se déroulent sur une longue période et ne sont rendues publiques qu’au moment où nous croyons être en mesure d’obtenir l’accréditation. Toutefois, les lieux de travail fondés sur une plateforme web sont différents et nécessitent une démarche différente. Lors du lancement de la campagne Justice pour les livreurs et livreuses de Foodora, notre objectif était de mieux faire connaître la campagne afin de favoriser le recrutement. Le travail fondé sur une application est décentralisé et les travailleuses et travailleurs sont relativement isolés. La répartition du travail se fait par téléphone et il n’y a pas de lieu de travail physique ni d’espace de réunion fourni par l’employeur.

Le lancement public nous a permis de joindre les livreurs et livreuses, dans la rue et par l’entremise de réseaux alliés. Notre objectif était d’obtenir la signature du plus grand nombre possible de cartes de demande d’adhésion.

 

Tactiques

Qui est mieux placé qu’un livreur pour repérer d’autres livreurs? À vélo ou en auto, des organisatrices et organisateurs ont ciblé les restaurants reconnus pour la fréquence des commandes. Ils ont offert de circuler aux côtés de membres potentiels pour leur parler travail et discuter des conditions à améliorer. Ils se sont aussi installés sur les coins de rues achalandées où ils ont fait appel à de bonnes vieilles méthodes, comme la distribution de dépliants et la tenue de conversations face à face.  

Nous avons remis une trousse d’information à nos alliés et leur avons demandé de participer à des journées d’action en commandant des aliments de Foodora, pour ensuite encourager la livreuse ou le livreur à se renseigner sur notre campagne et à adhérer au syndicat.  

Pour faire connaître la campagne, nous avons participé à des actions contre la pauvreté, à des courses et fêtes cyclistes dans la communauté, et à d’autres activités du mouvement syndical. Nous avons offert des ateliers sur les droits des travailleurs et travailleuses et d’autres questions. En mai dernier, les livreuses et livreurs ont manifesté aux côtés de centaines de déléguées et délégués du STTP présents au congrès national. Ils ont clos l’été en marchant en tête du défilé de la fête du travail à Toronto. Les efforts publicitaires, les reportages positifs dans les médias et le réseautage social se sont avérés efficaces et absolument essentiels.

 

Été chaud sous les projecteurs 

La grande visibilité de la campagne dans les médias grand public et les réseaux sociaux a été très utile. En établissant des liens avec le mouvement international de justice pour les livreurs et livreuses (#justice4couriers) et en faisant preuve d’audace et d’ouverture auprès des médias, les livreuses et livreurs de Foodora ont retenu l’attention. Pour les médias grand public, cette campagne a permis d’entamer la discussion sur une question complexe : l’exploitation des travailleuses et travailleurs de l’économie des petits boulots et les mesures à prendre pour améliorer leurs conditions de travail.

Nous avons l’habitude d’avoir à expliquer nos enjeux en milieu de travail et nos revendications. Dans le cas des livreuses et livreurs de Foodora, l’achalandage de la période estivale et les vagues de chaleur records à Toronto ont tôt fait comprendre à la population le stress et les piètres conditions de travail qui sont les leurs.

Par ailleurs, le mouvement syndical discute depuis des années de la façon de composer avec l’économie des petits boulots. Les livreuses et livreurs de Foodora le placent enfin devant un cas réel : des travailleuses et travailleurs sérieux qui réussissent à créer le changement dans l’économie des petits boulots. Les leaders du mouvement syndical et les universitaires s’empressent de leur apporter leur soutien. Le fait que les TUAC ont lancé leur campagne de syndicalisation des conductrices et conducteurs d’Uber durant une étape importante de notre campagne n’a pas nuit non plus.

 

Période précédant le scrutin de représentation

En juillet, le Conseil exécutif national a décidé de déposer une demande d’accréditation auprès de la Commission des relations de travail de l’Ontario. La Commission a mené un scrutin d’accréditation du 8 au 13 août.

Nous avons entrepris une semaine intense d’appels téléphoniques, de textos et autres moyens de communication pour faire sortir le vote. Les livreuses et livreurs ont répondu à l’appel. Le scrutin est terminé, mais les bulletins de vote ne seront comptés que lorsque la Commission aura tranché un certain nombre de questions en litige entre le STTP et Foodora.

 

Une campagne historique

Il a été très inspirant de travailler avec les livreuses et livreurs. Avant de demander à se joindre au STTP, ils avaient passé environ un an à tenter de se syndiquer. Ils ont abordé leur campagne avec créativité, passion et concentration.

Ils ne sont pas tous aussi jeunes que le veut le stéréotype des travailleuses et travailleurs de l’économie des petits boulots, mais ils sont orientés vers l’avenir. La démocratie en milieu de travail et l’amélioration de leurs conditions de travail leur tiennent à cœur. Ils ont un impact important sur l’avenir des droits des travailleurs et travailleuses et la justice, et le STTP partage leurs valeurs. C’est pourquoi nous avons choisi de jouer un rôle de premier plan dans la lutte des livreuses et livreurs.

Cette démarche favorise la croissance de notre syndicat, qui bénéficiera grandement de la force et de l’énergie accrues que lui apportent les livreuses et livreurs. Appuyez la campagne Justice pour les livreurs et livreuses de Foodora. C’est dans l’intérêt du STTP dans son ensemble et de tous les travailleurs et travailleuses des postes.

 

Solidarité,

 

Jean-Philippe Grenier
3e vice-président national
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