La société d’État : employeur modèle et créateur d’emplois au Canada

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Mercredi 21 Septembre 2016

Présente dans presque toutes les collectivités du pays, Postes Canada figure parmi les employeurs les plus importants du Canada. Les emplois étant aujourd'hui de plus en plus précaires, Postes Canada, en tant que société d'État, peut assurer une certaine stabilité en la matière et regagner une partie de la valeur de sa marque en devenant un employeur modèle, reconnu pour la solide compétence de ses employés, ses normes élevées en matière d'emploi et ses conditions de travail.

Pour y parvenir, elle pourrait investir davantage dans son personnel en offrant des emplois convenables et bien rémunérés, de bonnes conditions de travail, et des heures de travail stables à temps plein assorties d'avantages sociaux et d'un régime de retraite sûr.

Le STTP représente la grande majorité des 64 000 employés de Postes Canada.[1] En 2015, les effectifs de l'unité urbaine représentés par le STTP se répartissaient ainsi :  

 

Effectifs à temps plein

26 941

Effectifs à temps partiel

5 997

Effectifs temporaires

9 022

 

De 2005 à 2015 inclusivement, la précarisation du travail s'est accélérée de façon alarmante dans les installations postales. Pour les travailleurs et travailleuses internes, le travail à temps plein a diminué de 37 %, alors que le travail à temps partiel a augmenté de 16 %. Le nombre d'heures travaillées par les effectifs temporaires a augmenté de 42 %.[2]

Durant ces dix ans, pour acheminer le courrier et les colis, Postes Canada a eu davantage recours aux heures supplémentaires, y compris les heures supplémentaires obligatoires.[3] Cette mesure est à la fois injuste et inutile.

Postes Canada peut améliorer la planification de ses opérations en utilisant tous les moyens dont elle dispose, y compris l'analyse des volumes de courrier et de colis, et ainsi maximiser le travail à temps plein. En regroupant des emplois à temps partiel pour créer des postes à temps plein, Postes Canada peut réaliser des économies, ne serait que pour la seule raison que la charge des avantages sociaux est plus élevée pour les employés à temps partiel que pour les employés à temps plein.

De nombreuses administrations postales qui ont adopté un modèle d'emploi à temps partiel sont maintenant d'avis qu'un tel modèle affecte la qualité du service, et elles font marche arrière en s'engageant à mettre davantage l'accent sur les emplois à temps plein dans les années à venir.[4]

La plupart du travail externe de Postes Canada se fait de jour et à temps plein, mais malgré cela, la livraison du courrier n'est pas facile, et, dans certains cas, elle peut être considérée comme un travail précaire. Dans certaines régions du pays, en particulier où l'économie est en croissance et où la transformation postale a augmenté le degré de difficulté des itinéraires, le taux de roulement chez les factrices et facteurs urbains et les factrices et facteurs ruraux et suburbains (FFRS) est très élevé. Les FFRS, qui comptent une majorité de femmes, gagnent en moyenne 28 % de moins que leurs homologues en milieu urbain, des hommes pour la plupart, sans compter que leur régime de retraite et leurs avantages sociaux sont moindres.

Les nouveaux employés et employées de Postes Canada ne reçoivent pas assez de formation et d'encadrement et démissionnent souvent au bout de quelques jours. Privés de l'appui dont ils ont besoin, et assujettis à la récente diminution du salaire de base, qui se situe à un peu plus de 19 $ l'heure, les employées et employés nouvellement embauchés sont nombreux à ne pas être en mesure de conjuguer quart de travail très matinal et arrangements de garde spéciaux rendus nécessaires à cause de leur travail.[5] Compte tenu du taux de roulement élevé touchant les facteurs et factrices, tant en milieu urbain qu'en milieu rural, la livraison du courrier n'est pas assurée sur certains itinéraires, ce qui cause des retards.[6]

Actuellement, Postes Canada confie au secteur privé bon nombre de ses activités :

  • Gestion et entretien du parc immobilier;
  • Installation et entretien des boîtes postales multiples;
  • Livraison de colis et assistance aux facteurs et factrices dans certaines régions;
  • Entretien des chariots élévateurs et d'autres équipements à l'extérieur des grands centres de tri;
  • Livraison de colis dans de nombreuses villes, y compris Fort McMurray;
  • Entretien partiel des véhicules de livraison;
  • Comptoirs postaux exploités par le secteur privé;
  • Centre d'appel et service à la clientèle;
  • Technologie de l'information;
  • Transport du courrier entre les villes.

 

Les problèmes liés à la sous-traitance sont bien connus : taux de roulement élevé (et coûteux), coûts insidieux des entrepreneurs, diminution de la qualité du service et érosion de la marque de confiance.[7] En récupérant ce travail à l'interne, Postes Canada pourrait mieux contrôler ses opérations. La récupération à l'interne permettrait aussi à Postes Canada d'améliorer la diversité de ses effectifs et fournirait des possibilités d'avancement au personnel en place, ce qui représente une perspective intéressante et un outil de rétention des effectifs.

 

Le prix de la sous-traitance : taux de roulement élevé, service inégal et conditions de travail médiocres

Le personnel de longue date des bureaux de poste publics connaît les rouages du réseau postal et reçoit une formation et un soutien continus qui lui permettent de rester au courant des changements fréquents aux services offerts. En plus de connaître à fond les produits et services, le personnel maîtrise plus de 60 transactions complexes.

Comme il est mentionné dans la partie portant sur les services de vente au détail, les travailleurs et travailleuses des comptoirs postaux privés sont souvent payés à un taux minimum non viable et reçoivent peu de formation et de soutien, ce qui donne lieu à un taux de roulement élevé et à des problèmes quant à la qualité du service.

Tel qu'il est discuté ailleurs dans le présent mémoire, le STTP croit fermement à la possibilité de nouveaux services pour Postes Canada, dont la mise sur pied d'une banque postale. Ces services exigeront d'importantes compétences et valoriseront des qualités telles que la précision et le respect des délais et miseront sur un service personnalisé. Comme le constatent d'autres administrations postales, dont celle des Pays-Bas, le modèle d'affaires qui repose sur le travail contractuel à temps partiel a atteint ses limites.[8] Son effectif, composé de travailleurs et travailleuses temporaires et à temps partiel à statut précaire, ne peut répondre aux exigences créées par la hausse des volumes de colis et la diversification des services.

 

Le rôle des bons emplois dans un Canada en évolution

Le travail stable à temps plein suppose que l'État n'a pas à prendre en charge les coûts découlant de l'obligation, pour les travailleurs et travailleuses, de jongler avec plus d'un emploi. Ces coûts peuvent être de nature personnelle, comme un stress accru, ou environnementale, comme une hausse des émissions de gaz à effet de serre et des embouteillages.    

À mesure qu'une concentration toujours plus forte de nouveaux emplois assortis de conditions de travail relativement meilleures se regroupent dans certaines grandes zones urbaines privilégiées, où les frais de logement sont plus élevés, les régions rurales et les régions défavorisées constatent l'érosion de bonnes perspectives d'emploi pour l'avenir. Ces disparités créent une situation sans issue où les régions prospères continuent de connaître une hausse en flèche du coût de la vie, tandis que les résidents des régions défavorisées du pays sont pris au piège dans une spirale descendante.

En récupérant à l'interne une part accrue du travail qu'elle confie à la sous-traitance et en mettant en place de meilleures conditions de travail en milieu rural et en milieu urbain, Postes Canada pourrait réellement bonifier les perspectives d'emploi de manière à les rendre plus égales dans l'ensemble du pays, surtout pour les groupes défavorisés, par exemple les femmes et les Autochtones.    

 

Recommandations :

Que Postes Canada maximise les possibilités d'emplois stables à temps plein, surtout pour les femmes et les Autochtones en récupérant à l'interne le travail qu'elle confie à la sous-traitance.

 

Que Postes Canada utilise tous les moyens à sa disposition pour maximiser les heures régulières à temps plein. Par exemple, l'analyse et la technologie devraient être utilisées pour mieux évaluer les volumes et les besoins en effectifs du groupe 1. Des mesures incitatives pourraient s'adresser aux expéditeurs de courrier pour qu'ils apportent leur courrier durant des plages horaires bien définies. 

 

 

 


[1] Rapport annuel de 2015 de la Société canadienne des postes.  https://www.canadapost.ca/assets/pdf/aboutus/financialreports/2015_ar_complete_fr.pdf

[2] Rapports de Postes Canada sur les effectifs du groupe 1, 2005-2015. 

[4] Voir pages 7 et 8, "Should the postal sector change its social model to succeed in its transformation?" Dominique Bailly et Margaux Meidinger. Présenté à la 24e Conférence sur l'économie de la poste et de la livraison, 2016.

[5] Voir l'annexe A. « Étude des répercussions de la transformation postale sur la conciliation travail et vie personnelle des membres du STTP », Jane Beach.

[8] Voir pages 7 et 8, "Should the postal sector change its social model to succeed in its transformation?" Dominique Bailly et Margaux Meidinger. Présenté à la 24e Conférence sur l'économie de la poste et de la livraison, 2016.