Une banque postale fera trembler les prêteurs sur salaire

Mardi 12 Janvier 2016

Max Stanfield

traduction du STTP

http://thechronicleherald.ca/letters/1332902-postal-banking-would-dent-payday-loan-business

Les Canadiens adorent leurs banques à charte, figurant parmi les plus sûres au monde. Pourtant, près d’un million d’entre eux n’ont pas de compte bancaire, et environ deux millions ont recours aux sociétés de prêts sur salaire, dont les taux d’intérêt et les frais atteignent les 500 %.

Les chefs de file de ce système bancaire parallèle, présents dans la plupart des localités au pays, sont Money Mart, une filiale américaine, et Rentcash, qui s’affiche sous les marques Cash Stores, Instaloan et Insta-Rent. 

Pourquoi tant de Canadiens sont-ils séduits par la publicité des prêts sur salaire, si faciles à obtenir, quand on sait qu’en réalité ces prêts coûtent une fortune? Un certain nombre de facteurs expliquent la situation : les frais de compte-chèques facturés par les banques, qui s’élèvent en moyenne à près de 200 $ par année; le peu de succursales bancaires, surtout en milieu rural et en milieu défavorisé; le nombre élevé de nouveaux arrivants et de personnes à moyen ou à faible revenu, même celles qui ont un compte bancaire, qui n’arrivent pas à obtenir un prêt bancaire à court terme ou qui sont dissuadées de tenter d’en obtenir un; et finalement, selon l’Agence de la consommation en matière financière du Canada, les emprunteurs sont nombreux à ne tout simplement pas comprendre à quel point les taux d’intérêt et autres frais facturés par les prêteurs sur salaire sont astronomiques.

Au cœur du problème : l’importance, pour la plupart d’entre nous, d’avoir accès au crédit à court terme pour faire réparer l’auto, payer le logement ou terminer le mois avant de toucher le prochain chèque de paie. Il n’est donc pas étonnant de constater que le refus des banques de consentir des prêts à court terme a ouvert la porte aux prêteurs sur salaire, qui viennent « donner un coup de main ». Vu l’état chancelant de l’économie depuis un certain temps déjà, le secteur du prêt sur salaire connaît une croissance phénoménale.

En mai dernier, le quotidien The Globe and Mail a mis en lumière quelques-uns des détails touchant les prêts sur salaire. Les sociétés de prêts sur salaire ont une incidence énorme : elles consentent des prêts à deux millions de Canadiens et facturent des taux d’intérêt et des frais pouvant dépasser les 500 %, et ce, en toute légalité. Leur modèle d’affaires est fondé sur le fait que de nombreux clients ne remboursent pas leur prêt à temps et doivent ainsi payer des intérêts encore plus élevés, ce qui les plonge dans la spirale de l’endettement. Comme l’illustre l’article du Globe and Mail, un prêt de 300 $ remboursable dans les 15 jours peut être assorti de frais de 60 $. L’Agence de la consommation en matière financière du Canada indique que ce montant équivaut à un taux d’intérêt de plus de 500 %, et que pour obtenir le même montant, il en coûte environ 5,80 $ avec une marge de crédit, et 7,40 $ avec une avance de fonds sur carte de crédit.

Et Postes Canada dans tout ça? Voici : Postes Canada pourrait prendre le relais des banques à charte et proposer une grande palette de services bancaires à bas prix dont sont privés des millions de Canadiens à l’heure actuelle.   

La prestation de services bancaires par le service postal public n’est pas une nouveauté, ni pour les Canadiens ni pour les Américains. En effet, au Canada et aux États-Unis, les gens ont fait leurs transactions bancaires au bureau de poste jusqu’au milieu des années 1960, date à laquelle le gouvernement a imposé un plafond sur le taux d’intérêt que la poste versait sur les comptes d’épargne. Résultat : les clients ont fermé leurs comptes.

Pour Postes Canada et le service postal américain (USPS), reprendre la prestation de services bancaires représente une occasion d’affaires aux avantages multiples. Chacune des deux administrations postales a mené une étude indiquant que la prestation de services bancaires serait rentable et permettrait de fournir les services que ne proposent pas les banques commerciales, en particulier pour les personnes à faible revenu et celles qui habitent en milieu rural. Cette année, aux États-Unis, la mise sur pied d’une banque postale est devenue un enjeu de la campagne présidentielle.

Dans presque tous les pays développés, et dans de nombreux pays en développement, le service postal public fournit des services bancaires, et le modèle économique varie d’un pays à l’autre. Par exemple, la banque postale peut être de propriété publique, partiellement ou totalement privatisée ou être exploitée sous licence ou en partenariat avec des banques.

L’étendue des services proposés est vaste, allant du service d’accès électronique limité aux comptes bancaires détenus dans d’autres institutions financières (Australie : propriété publique) aux services bancaires complets (comptes d’épargne, comptes-chèques, crédit et prêts hypothécaires, cartes de crédit, assurances, etc. (Suisse, France, Italie et Nouvelle-Zélande : propriété publique; Royaume-Uni, Japon et Allemagne : propriété privée). Dans certains cas, il s’agit de banques exploitées sous licence (Suisse, France, Japon et Nouvelle-Zélande), et dans d’autres cas, il y a partenariat avec des institutions financières (Royaume-Uni, Australie et Italie).   

Les banques postales étant tellement présentes ailleurs dans le monde, comment se fait-il qu’au Canada, on en entende si peu parler? En fait, le Canada a déjà eu sa propre banque postale, et on sait qu’actuellement, au pays, l’offre de services bancaires est carrément insuffisante. Postes Canada s’est déjà intéressée à la question. En effet, récemment, pendant quatre ans, elle a mené une étude sur la prestation de services bancaires. Cette étude conclut qu’il s’agit d’une solution gagnante sur toute la ligne, tant pour la société d’État que pour la population. Malheureusement, le gouvernement Harper l’a « enterrée ».  

Un coup d’œil rapide sur d’autres pays nous fait comprendre à quel point une banque postale nous serait utile, et à quel point l’adaptation au monde numérique entraîne des changements au sein des administrations postales.   

Récemment, la Russie a annoncé la création d’une gigantesque banque postale. Elle mettra sur pied un partenariat entre le service postal et une grande banque appartenant à l’État dans le but de fournir des services bancaires dans les 42 000 comptoirs postaux du pays.   

Au Royaume-Uni, le service postal, qui possède une longue tradition en matière de prestation de services bancaires datant d’avant sa privatisation, s’impose sur le marché des banques commerciales en proposant, dans ses 11 500 points de service, une vaste gamme de produits d’épargne, de crédit hypothécaire et d’assurance, de même que d’autres services en partenariat avec des banques commerciales. Le gouvernement encourage les banques à collaborer avec le service postal pour faire contrepoids à la fermeture de succursales bancaires. 

En France, la banque postale, de propriété publique, joue un rôle majeur, comptant plus de 10 millions de clients et 17 000 points de service. Elle propose une gamme complète de services bancaires, des conseils techniques aux particuliers et aux petites entreprises et des services de téléphonie mobile.    

Le service postal du Japon constitue la plus importante institution financière au monde. À plus petite échelle, le service postal de l’Australie tient lieu de point de service des institutions financières participantes, acceptant les dépôts et les retraits, la mise à jour de livrets et le paiement de relevés de carte de crédit.    

Alors, qu’attend le Canada pour emboîter le pas à tous ces pays? Postes Canada pourrait fournir des services bancaires grandement nécessaires, et ce, à un coût inférieur à celui exigé par les banques classiques. En outre, les Canadiens auraient une institution nationale d’importance vitale, à la fois diversifiée et renforcée, mieux à même de s’acquitter de ses responsabilités traditionnelles.    

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